Claude Monet
(Paris, 1840-1926, Giverny)
Le Bassin au nymphéas, effets verts, vers 1920/26
Huile sur toile, 200 x 425 cm
Wildenstein 1979
Les bassins aux nymphéas qui se trouvaient dans le jardin de sa maison à Giverny, près de Paris, servirent de matière pour le dernier grand projet qu’entreprit Claude Monet à la fin de sa vie. Par l’intermédiaire de Georges Clémenceau, qui était un ami de l’artiste, Monet offrit à l’Etat français des tableaux destinés à décorer deux salles ovales. Les visiteurs avaient alors l’impression d’être entourés d’étangs de nénuphars. En 1926, à la mort de Monet, 22 de ces tableaux ont été installés dans l’Orangerie des Tuileries où ils se trouvent encore aujourd’hui. 20 autres tableaux de taille comparable restèrent dans l’atelier de l’artiste, à Giverny. En 1951, Emil Bührle, de passage à Giverny, fait l’acquisition de trois de ces tableaux. Il est le deuxième collectionneur au monde à acheter des nymphéas. Aux yeux de la plupart des amateurs d’art de l’époque, il s’agissait uniquement de panneaux décoratifs, ce qui se reflétait également dans le prix modeste de ces toiles. Le tableau Bassin aux nymphéas, reflets verts fut vendu à 24 000 francs suisses, ce qui correspondait à peu près à la moitié seulement de la valeur d’un paysage classique de Monet vendu avec un cadre en or. La raison pour laquelle Emil Bührle procéda à cette acquisition est très certainement le nouveau bâtiment pour expositions qu’il offrit alors au Kunsthaus. Bührle n’a évidemment eu aucune difficulté à s’imaginer ces tableaux dans un contexte architectural. Il offrit deux tableaux de nymphéas au Kunsthaus Zürich grâce à des sommes puisées dans le « fonds de construction » qu’il avait lui-même créé. Ce n’est que quatre ans plus tard, lorsque le Museum of Modern Art de New-York acheta une série de nymphéas, que ces tableaux prirent de l’importance. Du jour au lendemain, les nymphéas de Monet furent reconnus comme étant des œuvres à part entière qui annonçaient avec génie «l’Abstract Expressionism», le courant artistique majeur de la scène new-yorkaise des années 50. Les tableaux de Monet, d’abord considérés comme de vulgaires éléments de décoration, devinrent ainsi des pièces majeures de l’histoire de l’art du 20ème siècle et des icônes de l’art moderne.