Peter Paul Rubens
(Siegen, 1577-1640, Antwerpen)
Saint Augustin, 1620
Huile sur bois, 48 x 63.5 cm
Inscrit au-dessus de la tête du saint: S. Augustinus
Held 28
De 1615 à 1621, les Jésuites d’Anvers firent construire leur nouvelle église; elle devint la plus splendide des Pays-Bas espagnols. Dans les collatéraux et sur les galeries devaient trouver place 39 peintures de plafond, mesurant environ 3 m sur 4 m, alternativement carrée et octogonale. Ce cycle devait en outre être achevé en moins d’un an. Un seul peintre à Anvers était capable d’accepter une telle commande et de garantir la meilleure exécution possible: Rubens. Le 29 mars 1620, le "praepositus" passa le contrat avec Rubens. Celui-ci stipulait que l’artiste devait peindre de sa propre main 39 esquisses en couleurs d’après un programme préalable; après l’accord donné par ceux qui avaient passé la commande, elles devaient être exécutées en grand par "Van Dyck et d’autres aides". L’atelier de Rubens livra les œuvres dans les délais convenus, avant février 1621. En 1718, l’église brûla et les peintures furent perdues. En se fondant sur des dessins et des vues de l’église, créés avant l’incendie, il est pourtant possible de s’en faire une idée. Vingt-deux des esquisses à l’huile utilisées comme modèles sont conservées et celle de la collection Bührle en fait partie. Elle était prévue pour un espace octogonal et représente le patron de l’église, vue de dessous, comme la commande l’exigeait. Agenouillé humblement sur des nuages, les bras ouverts dans un geste d’extase et de soumission, il contemple le ciel ouvert. De la main droite il tient son attribut, un cœur transpercé d’une flèche. "Sagittaveras tu cor nostrum caritate tua", avait-il écrit dans les Confessions. L’évêque d’Hippo porte sa chasuble d’or maintenue ouverte par deux anges. Mais la mitre d’or, avec laquelle un ange joue, la crosse, le livre et les Ecritures, les attributs de son érudition, n’ont guère d’importance: la splendeur de la vision l’emporte sur les honneurs terrestres. Le groupe ressemble à une ascension; des nuages gris et bruns créent une atmosphère d’orage. Le caractère dramatique de l’extase est rendu de manière structurée et rationnelle.